La vie Dorothy

Mon blog de souvenirs

29
juil 2012

Cela n’a rien d’un conte et fait partie de mes souvenirs d’adolescence. C’était l’époque où, fous de musique dite « yé-yé », nous écoutions « Salut les Copains », le transistor collé à l’oreille pour ne pas en perdre une, et surtout pas le « chouchou de la semaine » ! Ceux qui l’ont vécu ont forcément les mêmes souvenirs, accrochés au coeur…

Mon idole à moi était Salvatore Adamo. Et mon premier emballement musical de l’époque s’appelait « Tombe la Neige ». L’emballement de toute une génération, devrais-je dire, car ce titre fut longtemps en tête du hit-parade ! C’était sur « Europe n° 1″.

Cependant, l’écouter à la radio était une chose. Posséder le disque en était une autre. Je me désolai, n’ayant aucun appareil qui ressemble à cela à la maison. Pourtant, mon père eut une idée de génie : acheter une radio qui fasse en même temps tourne-disques, sur la partie supérieure, dotée d’un couvercle pour protéger le dispositif. Le grand luxe !

Un jour, il me dit : « Puisque tu sors du CEG (j’allais alors à Saintes) avant l’heure de ton bus, va dans tel magasin et tu nous achèteras un 45 tours de Tino Rossi ». Soit. Tino était l’idole de mes parents, disputant la place à Charles Trénet, André Claveau et Georges Guétary. Une liste non exhaustive qui ne me flattait vraiment pas ! Je pris l’argent confié par mes parents et, un soir, me rendit dans ledit magasin pour trouver le dernier Tino Rossi à la mode, enfin celle de la génération me précédant.

En toute bonne foi, je cherchai sans le trouver. En revanche, étalé sous mon nez, que n’y avait-il pas ? « Tombe la Neige » avec, en couverture cartonnée, le bon visage d’Adamo… Sans l’ombre d’une hésitation, je le pris et tendis l’argent au commerçant. Je rentrai chez moi, un peu penaude mais intérieurement seulement, car j’annonçai à mes parents : « Il n’y avait plus de Tino Rossi, alors j’ai acheté Adamo ! ».

Je n’eus aucune réflexion, aucun reproche. Mes parents devinèrent-ils la supercherie ? Sans aucun doute mais ils écoutèrent Adamo sans broncher. Je ne leur ai jamais avoué puisqu’ils ne me posèrent jamais de question !

Alors aujourd’hui encore, j’ai envie de leur dire, là où ils sont, merci !

15
juil 2012

L’autre matin, je roulais au coeur du marais saintongeais, à quelques kilomètres de Rochefort. L’atmosphère était belle, comme toujours au moment où le soleil prend de la hauteur par-dessus la platitude… Je comptais tranquillement les kilomètres en hérons quand j’avisais assez loin devant moi, un chien qui errait au milieu de la route.

Je ralentis quand l’animal se retourna et vis ma voiture. Quelle ne fut pas ma surprise de le voir se précipiter dans ma direction, se jetant carrément sur le véhicule quand je parvins à sa hauteur ! Je freinai évidemment très fort. Je ne l’avais pas touché puisque je le vis immédiatement dans mon rétroviseur. Il me regardait partir, penaud.

Penaude, c’est moi qui le fus… A vrai dire, j’eus presque envie de lui faire des excuses ! Pour moi, de ne pas avoir le temps, la place ni peut-être le courage de lui ouvrir ma voiture, mais aussi pour le genre humain, en général… Pour ces hommes et ces femmes, en vacances, capables d’abandonner un chien, sur une route de marais, au petit matin… Car c’est bien d’un abandon dont il s’agissait ! La bête cherchait son maître, son véhicule, quelqu’un ou quelque chose de familier, dont il n’avait pas prévu d’être brutalement séparé. C’était évident.

A-t-on le droit d’infliger une telle punition à un animal, innocent, loin des soucis qu’il peut causer à une famille partant en vacances ? Lui si confiant en son maître, lui toujours prêt à venir se coucher à ses pieds lorsque l’homme lui en donne l’ordre… S’il vous plaît, nos belles routes touristiques ne sont pas faites pour cela ! Ce sont des familles complètes que nous voulons accueillir, même avec chien…

Nous étions le vendredi 13 et il plut pendant des heures des trombes d’eau sur le marais du Golfe de Saintonge. Décidément, une sale journée, à ne pas mettre un chien dehors !

28
juin 2012

J'ai vu l'Etna... dans Littérature et poésie Num%C3%A9riser0001-150x99En septembre 2002, j’eus la chance de faire un voyage en Sicile, circuit dont le clou était pour moi l’escalade de l’Etna.

Il est à peine neuf heures du matin quand nous l’abordons sous un ciel clair ; nous sommes plusieurs groupes de voyageurs, impatients… Voici qu’apparaît la fumée blanche qui s’en dégage en permanence : pas dangereux ! A la mi-journée, elle sera remplacée, nous dit-on, par un champignon… L’autocar nous monte à 1800 m d’altitude puis un autre véhicule, genre minibus quatre roues motrices, prend le relais jusqu’à 2900 m, au pied du volcan. Nous en resterons là ; les quelques centaines de mètres qui nous séparent du cratère sont carrément interdites au grand public.

Les champs de lave qui nous entourent sont impressionnants. Ces coulées-là n’ont qu’un an puisque la dernière éruption remonte à juillet 2001. Sur son passage, elles ont tout ravagé, et même la station de ski (l’hiver, il y a pas mal de neige ici) qu’on a eu le toupet de construire là, voire l’inconscience… Les morceaux de lave sont agressifs, durs et très coupants. C’est ingérable au niveau de la marche ! On se débrouille comme on peut pour avancer en empruntant des semblants de sentiers qui ont été vaguement aplanis… Il fait un grand vent froid. Soudain, tandis que je tente de contourner un piton de lave, je sens une bouffée de chaleur qui m’arrive comme sortant d’un four… Le piton de lave est chaud et le four, c’est lui ! Au sol, idem : cela chauffe les pieds ! Une pensée traverse mon esprit : ne va-t-il pas y avoir bientôt une autre éruption ?


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Je ne le verrai pas lorsqu’il se fâche mais il paraît que s’il se met à cracher de la lave incandescente, le spectacle de nuit est extraordinaire et que des milliers de touristes se pressent.

Ici et là, on aperçoit des maisons englouties dont le toit apparaît au milieu de la lave sèche. On les laisse, paraît-il, comme autant de témoins… Je trouve cela un peu macabre et me demande comment on peut avoir l’idée de construire ici. La guide me répond que les gens prennent ce risque car ils savent en général qu’ils auront, d’une part, le temps de fuir et, d’autre part, que la terre volcanique est tellement fertile qu’ils peuvent y faire fortune rapidement grâce à des productions légumières et fruitières extraordinaires !

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Je reprends mon souffle avant d’amorcer la descente en m’asseyant au sol. Surprise : je suis posée sur un véritable tapis de coccinelles qui s’étend des dizaines de mètres autour de moi. Elles sont le résultat, semble-t-il, d’un déséquilibre naturel qui date de la dernière éruption. Petites bêtes à Bon Dieu, on vous dit porte-bonheur : je dois, aujourd’hui, être bénie pour le reste de mes jours !

De temps à autre, voilà le « monstre » qui souffle quelques jets timides de fumée roussâtre : doucement l’ami, on est encore là ! Tout près de moi, au pied des piliers qui régissaient le remonte-pente, deux touristes cassent la croûte paisiblement… Mais voici que du fond de la vallée, monte une brume épaisse et très rapide : dans cinq minutes, nous serons environnés. Heureusement, voici nos chenillettes qui reviennent nous chercher pour la descente… Nous avons eu de la chance : nous aurions pu ne pas le voir, le géant Etna ! Il a maintenant disparu dans les nuages.

Deux jours après, le beau voyage s’achevait et je repris l’avion pour la France à l’aéroport de Catane. Trois semaines plus tard, j’apprenais par les médias que le plus fameux des volcans siciliens était entré en éruption et les images du feu dégoulinant sur les pentes à coccinelles, me ramenèrent vers la sensation que j’avais eue au pied du piton chaud comme un four… Cela ne me laissa pas indifférente ; la ville et l’aéroport de Catane, complètement bloqués sous les cendres, non plus d’ailleurs !

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Avec ses épiceries, ses bistrots, son bureau de tabac, ses magasins de confection et la place arborée de l’église, Saint-Porchaire, Charente-Maritime, était un gros village de mille habitants ; mieux : un chef-lieu de canton ! C’est là que ma famille vint s’établir quand j’avais 8 ans. Pourtant, avec sa Nationale 137, trépidante, et ses 14 communes satellites, Saint-Porchaire prenait des airs de bourgade citadine, se réclamant de la banlieue saintaise.

La cité avait fière allure avec sa gendarmerie, sa poste, ses constructions bourgeoises, son hôtel central, la maison où Pierre Loti séjourna à la fin du 19e siècle, son regretté kiosque à musique et tous ses regards tournés vers le Château de la Roche-Courbon… Tout en Saint-Porchaire me plaisait et l’école allait contribuer à y créer des liens indéfectibles dont certains perdurent.

Dans la rue où j’habitais, en contrebas de la mairie, j’aimais cette cour de récréation dont la superficie absorbait nos ébats d’enfants turbulents. Deux beaux marronniers abritaient les jeux de billes des garçons et les confidences des filles. Nos rondes se nouaient autour des gros troncs et nos chants s’accordaient à ceux des oiseaux qui nichaient, plus haut, dans les haies.

Il m’arrive encore souvent d’aller respirer cette « Rue de la Mairie » où je retrouve l’architecture quasi intacte ; de m’arrêter regarder la petite maison dont nous nous contentions et qui peuple encore, certaines nuits, mon sommeil… Cette rue était attachante parce-qu’elle reconstituait le monde en miniature : à l’une des extrémités, une famille issue de la bourgeoisie terrienne provinciale ; en face, son métayer ; à l’autre bout, jouxtant la nationale, une petite boucherie familiale ; à mi-parcours, l’univers ouvrier – dont je suis issue – et une modeste ferme laitière où j’aimais aller jouer… Se côtoyaient enfin, sur quelques dizaines de mètres linéaires, un artisan électricien, un rémouleur auvergnat et un huissier de justice ! Bref, la société refondée…

C’est là que tressaillent toujours mes racines. Quelques instants dans une boutique ; un tour au minuscule marché du mercredi matin, histoire de mesurer l’humeur générale ; un regard en direction de la Roche-Courbon ; un coup d’oeil à la maison de mon enfance puis un autre, ému, vers celle de ma jeunesse ; des retrouvailles avec une ancienne voisine ; des fleurs au cimetière ; quelques pas sur la route où je tenais ma petite soeur par la main ; le clocher carré aperçu au-dessus des jardins, et plus rien ne tarit l’afflux de mes souvenirs.

A Saint-Porchaire, je redeviens en même temps petite fille, adolescente et jeune mariée. Il y a tous ces visages entrevus au détour d’une rue ou d’une porte et si ce sont de moins en moins ceux de ma jeunesse, je me plais à imaginer que ce sont de leurs descendants… Il y a toujours un regard qui parle, un sourire, un bras qui salue… Soudain, un angélus qui sonne : on jurerait celui d’autrefois ! On a changé la cloche mais on en a gardé le timbre et le rythme et je le reconnaîtrais entre cent…

Que chacun possède ainsi un petit coin de village, un bout de terre où il se sente une appartenance, un lieu en harmonie avec lui-même où il se ressource chaque fois que nécessaire, où jamais ne s’effilochera le canevas qu’il a tissé ! C’est tout ce que je vous souhaite car cela me paraît essentiel…

20
mai 2012

Nous sommes le vendredi 20 janvier 2012. Nous voici au musée de Lambayeque où sont magnifiquement exposés les vestiges retrouvés dans les pyramides vues la veille (voir article précédent : « Direction Chiclayo »). Efforts d’éclairage, de présentation et de pédagogie. Mais contraste énorme entre ce lieu et la ville même de Lambayeque faite d’adobe, de briques et de paille de riz où règne une certaine pauvreté.

L’homme tant adulé et évoqué dans les pyramides d’hier, était le Seigneur de Sipan. Plus dieu qu’homme, il a joué un grand rôle dans la société précolombienne. Un peu comme Atahualpa chez les Incas.

Quand les Espagnols sont arrivés, ils se sont plus ou moins emparés de tous ces ors et ont détruit tout ce qui restait de ces belles civilisations, grâce à une colonisation effrénée dont l’Amérique du Sud ne s’est toujours pas complètement relevée ! Mais ceci est une autre histoire…

Le lendemain, dernier jour au nord du Pérou, nous arpentons la Forêt de Pomac, forêt sèche, toujours en zone désertique. Nouvelle Pyramide émergeant des sables, derrière un bosquet, vouée au Seigneur de Sican, autre monarque déifié. Me voici seule pendant un quart d’heure, chichement abritée sous un arbre maigrichon, pendant que ma petite famille grimpe dans les rochers. Je ménage mes genoux pour la suite ! J’ai le temps de méditer… Pour la première fois de ma vie, je suis seule au milieu du désert ! Cela fait drôle… Il ne doit pas y avoir d’animaux féroces et les seules « tribus sauvages » sont les gens que j’ai vus, ici ou là, occupés dans les rizières, donc pas sauvages du tout et même plutôt sympa et festifs… Donc, je raisonne mon début de frayeur et observe les miens, en hauteur, comme des points de couleur perchés au même niveau que les aigles… « Hola, Mamie ! » me crie une petite voix. Si l’on m’avait dit qu’un jour j’aurais un Petiot qui vivrait dans ce pays et en aurait le sang dans les veines, mêlé au mien……. Bref ! Il fait très chaud ; pourtant, il n’est que 11 h du matin.

Derniers regards, dernières photos. Notre Petiot, nos enfants, reviendront peut-être un jour ici. Nous, non… Alors, nous en prenons plein les yeux pour l’emporter avec nous, en Saintonge…

L’arbre que l’on voit ici partout (et qui m’abrite) est l’algarrobo. Il y en a de toutes tailles, de toutes formes… Ils sont tordus, hallucinants, avec leurs belles fourches qu’on appelle horcones. Ces mêmes fourches qui servaient et servent encore en architecture comme mode de soutien.

En voici un, millénaire dit-on, véritable richesse historique du patrimoine national. Il est immense, beau, tortueux, émouvant… Ses branches traînent au sol malgré les étais, avec le tronc au centre, sur une bonne vingtaine de mètres et d’une seule pièce. Parfois, les branches ont repris racine mais il n’a jamais été ni coupé, ni découpé. Il a une belle histoire puisque tous les rois, seigneurs et petites gens, sont un jour venus l’admirer, de très loin parfois… Pensez : une prière, un voeu, un souhait en effleurant son coeur et l’on est protégé pour longtemps ! J’ai carrément la larme à l’oeil.

J’en conclus que le vrai seigneur des lieux, c’est lui !

Dorothy Michaud.

24
avr 2012

Direction Chiclayo, nord Pérou dans Littérature et poésie Num%C3%A9riser0001-150x110Mercredi 18 janvier 2012. Traversée Lima – Chiclayo sans histoire en vol intérieur. C’est un aéroport mouchoir de poche, grand comme le « Mutant » de chez nous, qui nous accueille ! Après une interminable attente – très péruvienne – d’une heure et demie pour le taxi qui doit nous conduire vers notre village vacances à Tucumé, nous voici traversant la campagne sur plus de 50 kms, secoués par les cahots sans qui le Pérou ne serait pas le Pérou ! Heureusement, le taxi est confortable car le chauffeur a l’accélérateur facile …

Chiclayo ne respire pas la richesse comme certains beaux quartiers de Lima. Il est d’ailleurs facile de mesurer le niveau de vie des gens au nombre de motos-taxis. Beaucoup de maisons encore hérissées de ferraille, restent inachevées et sans toit, donc exonérées d’impôts ! Il en va de même dans d’autres parties du monde… La rue principale de la petite ville est goudronnée, bien que très accidentée, tandis que les rues adjacentes ne sont que poussière, sable et pierres… Les surélévations qui servent de trottoirs n’ont jamais connu la mise en sécurité ; les caniveaux débordent de plastiques et diverses cochonneries. Des échoppes aux façades colorées mais gravement dégradées, se succèdent, minuscules et sans confort.  Les motos-taxis circulent violemment, oubliant toute prudence, esquissant des courses qui n’amusent qu’eux ; les gens,  souriants et tranquilles, les regardent passer. Il n’y a pas d’outrage : ils sont habitués !

Même programme à Lambayeque, en plus trash, puisque les autorités ont entrepris le creusement des égouts sur l’ensemble de la ville, tout à la fois ! On se croirait en temps de guerre… Seuls lieux jolis et propres : les petits parcs, les églises et cathédrales…

Poursuivant notre route, nous constatons une dégradation progressive au niveau de l’habitat, à chaque nouveau village traversé : Mochumi émerge des sables et de la poussière grise, sans coquetterie, mises à part de petites places fleuries avec encore, parfois, la crèche de Noël pas encore démontée, sous le soleil brûlant… Pour les amateurs de Pérou profond, c’est gagné ; mais pour ce qui doit être la vie quotidienne, sans doute beaucoup moins !

Chemin faisant, quelque chose nous interpelle : des carrés d’eau dans les champs… Des rizières !!! Des rizières en pleine zone désertique ! En y regardant de plus près, apparaissent en effet des tiges vertes sortant de l’eau, qui semblent avoir fière allure… Pour faire court, il faut savoir que dans les Andes, c’est-à-dire à l’est de la zone où nous nous trouvons, pas très loin, l’eau abonde. Canalisée par tout un système de chenaux, elle s’achemine ensuite vers les terres sableuses, altitude zéro, de la côte. Ici, les gens survivent grâce au riz qu’ils cultivent, consomment et vendent avant d’utiliser la paille produite pour nourrir les animaux ou mélanger à leurs matériaux de construction. Rien ne se perd dans le riz ! Et, pour avoir séjourné plusieurs fois au Pérou, je peux vous confirmer qu’ils en mangent….. à tous les repas et dans tous les milieux !

Par ici, le confort est quasi nul dans les maisons qui s’étalent au long de la route. Quelques fils électriques et des paraboles émergent des toits très bas, faits de tôle et de divers végétaux. On a l’impression que la priorité des habitants se situe plus au niveau des téléphones portables que de leur maison mais au moins, les fameux « celulares » leur donnent une sensation de modernisme et une commodité ; de leur logis, que peuvent-ils attendre de plus ?

Enfin, nous voici au village de Tucumé, non loin du désert de Sechura, cette grande zone sans vie végétale ni humaine. Nous restons heureusement dans la zone encore vivable, quoique très désertique, qui longe l’Océan Pacifique. Nous ne verrons pas ce dernier mais savons dans quelle direction le situer par les vents et les couchers de soleil à couper le souffle… Par ailleurs, nous nous trouvons à 900 kms au sud de l’Equateur et savons que, durant notre court séjour, nous n’aurons pas intérêt à sortir sans chapeau, crème solaire et autre répulsif pour les moustiques !

Tucumé est un village semblable à ceux que nous avons précédemment traversés. L’arrivée au village de vacances « Los Horcones » est amplement couronnée de poussière et d’aboiements, entre les motos-taxis omniprésents et les camions chargés d’hommes, juchés sur des monceaux de paille de riz. C’est l’heure où ils rentrent chez eux dans les « pueblos » disséminés à travers la campagne, près des points d’eau potable, après avoir travaillé dans les rizières toute la journée.

Le V.V.  est vert et fleuri, par-dessus le sable, petit oasis en bordure de sites hautement historiques, rocheux et sauvages à souhait. Visite prévue dans les 4 jours à venir… Installation dans nos chambres, nous au rez-de-chaussée ; nos enfants et notre Petiot qui suit vaillamment, au premier étage. C’est rustique et écolo… Eux adorent cela, comme tous les habitants de Lima qui ont l’impression de revivre, ici loin de tout… Nous nous habituons doucement aux moustiques, cris des oiseaux amazoniens importés jusque dans ce parc, et autres criquets aux cris stridents, les cigales du Pérou ! Salle de bains rudimentaire, placard aussi, bon lit… Structures en adobe selon méthodes ancestrales mais néanmoins antisismiques…  Restau sympa, de même cachet. Nourriture simple, abondante et locale, c’est-à-dire à base de riz et de poulet. On survivra.

Nous nous écroulons à 21 heures. Nous sommes en plein été mais il fait noir depuis longtemps déjà. Comme d’habitude, il me reste à trouver… le sommeil !

Dorothy Michaud.

13
avr 2012

Lima au quotidien dans Littérature et poésie Num%C3%A9riser0003-150x97Num%C3%A9riser0004-150x97 dans Mon Pérou10 janvier 2012, notre vie s’installe dans le quotidien de Lima. Ce matin, un « afilador de cuchillos » passe en tricycle. Il s’agit de l’affûteur de couteaux. Il siffle aux quatre coins du quartier pour prévenir de son passage : avis aux intéressés ! Il s’agit là de l’une des vieilles traditions de Lima, de moins en moins usitée cependant. Dommage, c’est bien sympathique.

Je me dis en sillonnant, pour la quatrième fois, cette ville que je commence à bien connaître, que Lima est une sorte de jeu de construction, une grande boîte de cubes colorés, comme on nous en offrait à Noël quand nous étions enfants, là-bas en Saintonge. Ces cubes, savamment assemblés les uns sur les autres ou emboîtés les uns dans les autres, sont en équilibre apparemment instable mais c’est le contraire puisqu’ils tiennent debout même après un fort tremblement de terre. Enfin, je parle des constructions récentes ! Pour les plus anciennes, elles sont tombées depuis longtemps et, à leur place désormais vides, on a fait des parkings…

Une vue m’amuse particulièrement à chacun de nos déplacements : les noeuds formés par les fils électriques et téléphoniques ! C’est un poème. Ils font partie de l’identité de la ville et, ce qu’il y a de bien, c’est qu’on sait pertinemment qu’on en profitera longtemps ! Car ces « sacs de noeuds » ne sont pas prêts à être enfouis. Enfouir les réseaux de Lima ?????!!!!!! Cela n’aurait pas de sens. Il y en a beaucoup trop et cela coûterait beaucoup trop cher à la ville ! Et puis, une immense conurbation sud-américaine perdrait son caractère sans les noeuds qui agrémentent les coins des rues…

Devant la chambre que nous occupons, il y a justement un réseau de fils qui descend des toits pour aller s’accrocher plus bas à un poteau, avant de repartir courir dans la cité le long des rues. Les constructions les plus neuves les cachent un peu dans les parties basses des murs mais ils reparaissent par endroits, traitreusement !

Autre observation dans le district que nous occupons : l’irrigation des nombreux parterres de fleurs meublant le parc. Comment faire quand l’eau manque ou est mal distribuée ? On la fait arriver par des buses en sous-sol puis on la laisse emplir des rigoles creusées par les employés de la ville. Alors, on fait de petits barrages dans ces rigoles (pierres, feuilles d’arbres, morceaux de plastique…) afin de canaliser le précieux liquide vers les parterres. Chaque carré du parc est ainsi irrigué à tour de rôle, au fil des jours, et les fleurs en profitent au passage ! Pas de gaspillage. Pas de temps perdu pour les employés du quartier. Ils sillonnent ainsi les nombreux et fort beaux parcs que les vieillards, les enfants et leur nounou,  se partagent avec les chiens plus ou moins surveillés.

Il est midi, le soleil tape fort. On ne va pas tarder à entendre le marchand de glaces, équipé d’une trompette dont il va sonner jusqu’au soir en tournant dans les rues du quartier ou les allées des parcs. Heureusement, les chiens ne font plus attention à son vélo ou à sa tenue jaune, et les bébés s’endorment au son de la trompette depuis le jour de leur naissance. Ces jeunes ont un bel avenir devant eux ; il y aura toujours quelqu’un, en plein été, pour sucer une glace ! Je ne voudrais hélas pas connaître leur salaire…

3
avr 2012
Posté dans Littérature et poésie, Mon Pérou par gabrielitodv à 11:26 | 1 réponse »

Pour la quatrième fois, 7 janvier 2012, nous voilà à Lima pour rejoindre notre petite famille. Je retrouve la capitale avec mon coeur, je la reconnais avec mes yeux… Les couleurs de Lima, l’ardeur au volant des liméniens, les bruits, les odeurs, la vitesse de Lima… Toujours autant de klaxons, un peu plus de jolies voitures. Avec toutes sortes d’aménagements urbains, la capitale du Pérou est en net développement. Quelques bus pourris nous rappellent cependant les vieilles traditions latino-américaines du parc automobile…

Dans le quartier où nous allons passer un mois, les bâtiments que nous avons vus à leurs premiers échafaudages, resplendissent de leurs belles vitres teintées, de leurs grilles en fer forgé et de leurs fleurs épanouies (ici, c’est le grand été). Ce n’est pas le cas dans tous les districts et l’aspect peut changer d’une rue à l’autre, selon la municipalité dont ils dépendent.

Nous irons voir tout cela de plus près demain pour reconstituer le puzzle, resté inachevé dans notre tête depuis 2010. Nous avons tout notre temps… L’urgence est de retrouver les nôtres. On parle de tout, d’eux, de nous, de nos vies respectives ; on rattache les petits bouts égrenés au fil des appels et c’est bon. On projette des sorties, des rencontres, on se laisse bercer par le bonheur d’être ensemble.

Le premier après-midi se passe à dormir. Tandis que mon mari joue les marmottes, je fais une sieste anesthésique. Lorsque les enfants viennent me réveiller, j’ai en effet l’impression de sortir d’une anesthésie générale au bloc de je ne sais quel hôpital et que des infirmières sont là pour me secouer : « Allez, Madame, on se réveille ! ». C’est horrible ! Il est 16 heures trente à la montre mais qui sait quelle heure dans mon organisme ? Il ne faut, paraît-il, jamais faire cela… Je me fais piéger à chaque fois.

Le lendemain, je me dis pourtant que j’ai bien fait car jusqu’à 3 heures du mat’ les voisins ont fait la bamboula en faisant exploser les derniers pétards de Noël. Ici, on n’est pas encore sortis des fêtes et il faut bien écouler les stocks ! Nous verrons un peu plus tard, en vidéo et filmée du haut d’une terrasse, la nuit de la Saint-Sylvestre quand elle s’embrase de mille feux d’artifice qui, à minuit, atteignent leur paroxysme en matière de décibels ! De quoi rendre fous en France tous les agents de sécurité ! Il est vrai qu’ils ont assez à gérer avec les voitures qui brûlent…

Les chiens du voisinage lancent leurs cris à 6 h 30 et les tourterelles ne sont pas en reste ainsi que toutes sortes d’oiseaux du parc public, face à l’appartement. Je me lève donc pour saisir les premières notes qui me serviront à écrire les articles dans mon blog… Nous sommes dimanche 8 janvier.

Et la terre trembla, au 24e jour de notre arrivée… Cela ressemble à une lecture d’Evangile mais, au Pérou, ne fait qu’illustrer le quotidien.

Pour nous, ce fut un baptême.

Tout commence peu après minuit par un bruit bizarre de camion, surgi d’on ne sait quelles profondeurs, qui rase l’immeuble de trop près puis laisse brinqueballer sèchement des planches au fond d’une hypothétique remorque. Menaçant, l’engin s’acharne à secouer notre lit durant de longues secondes, nous cerne, nous envahit… On le sent capable de tout. Du fond de notre couche, on a le souffle court et le coeur en folie :
– T’as senti ?
– Oui…
– C’est un tremblement de terre !
– Merci, j’avais compris !

Propos incrédules, d’une voix blanche, basse, par peur d’éveiller nos enfants.
Qu’importe, c’est déjà fait.

Eux savent qu’il n’y a pas de camion, détectent les intensités, les arrêts, la force des reprises, savent à quel moment exact il y aurait lieu de décamper. Ils nous diront le lendemain avoir écouté, tapis derrière leur porte, si « El Señor Temblor » se renforçait, se calmait, ou au contraire, s’il devenait le puissant « terremoto » tant redouté, comme le 15 août 2007 quand il grimpa très haut sur l’Echelle de Richter et que tous les liméniens sortirent dans la rue et dans les parcs, apeurés et tremblants…

Personne n’aura besoin de sortir cette fois : la secousse et le bruit s’évanouissent peu à peu sous les immeubles, comme ils étaient nés, dans la nuit péruvienne… Seules les sirènes des voitures, sensibles au phénomène, se déclenchent et hurlent avec les chiens ; au loin, les avions continuent leurs manoeuvres et la police ses rondes.

Selon les tempéraments, on se rendort très vite ou bien, deux heures plus tard, avec, dans l’oreille, le drôle de claquement de planches.

Aux aurores, les médias annoncent déjà 6,3 d’intensité. Précisions : le « sismo » a duré presque une minute – longtemps, d’après nos hôtes – et son épicentre était à Ica, soit à 200 kilomètres, en mer, au sud de Lima. A peine 40 kilomètres de profondeur, ce qui en explique la force, un peu moins ressentie toutefois sur la capitale. Assez cependant pour avoir une idée précise d’un séisme. Celui-ci est qualifié de « dulce », doux. Maintenant qu’on nous le dit…

Pas assez fort heureusement pour déclencher un tsunami car, dans ce cas, les sirènes auraient hurlé sur des kilomètres de littoral. Et les pauvres habitants d’Ica, déjà durement touchés en 2007 (et maintes fois depuis cette date), auraient dû prier encore plus fort la Pachamama, leur déesse-mère, pour qu’elle les épargne, cette fois…

19
mar 2012

Il n’est pas toujours aussi facile qu’il y paraît de rentrer chez soi, malgré son envie, son désir, de retrouver ses pénates et de s’y lover, après un bon mois d’absence.

Celles et ceux qui suivent nos pérégrinations vers le Pérou savent à quel point nous y tenons puisqu’il héberge les personnes les plus chères à notre coeur… Cette année encore, nous étions donc au beau pays des Incas, entre le 6 janvier et le 7 février. Un séjour très riche que je vous conterai une autre fois car tel n’est pas mon propos aujourd’hui.

Le 7 février au soir, au terme du séjour, nous voici à l’aéroport de Lima, étreignant ceux que nous aimons, nous promettant bien sûr e-mails, coups de fils, visites par écrans interposés, et séjours prochains à l’horizon 2013 au grand maximum… Encore tout pétris de tendresse et d’embrassades, nous bénéficions d’une traversée nocturne remarquable, sans turbulences, sans surprises, et même avec sommeil en ce qui me concerne (c’est dire) ! Aéroport de Madrid-Barajas. Le même à Bordeaux-Mérignac, en plus concis. Voiture prévue, pile à l’heure. Tout va bien. Il fait très froid mais on a vu de telles séquences miséreuses au Pérou, que ce n’est pas cela qui va nous impressionner !

Sauf que. Nous n’avions pas tout prévu. Pas encore sortis de l’aire aéroportuaire que nous apprenons la nouvelle de la bouche de notre accompagnateur-frère : notre chaudière a explosé au redémarrage, il y a quelques heures ! Bilan : une bonne moitié de notre maison est à « déposer » puis à reconstruire. Pis, la secousse a été si forte que tous les plafonds menacent de s’écrouler, fissurés de tous côtés, d’un bout à l’autre de notre nid douillet, devenu lieu hostile et inhabitable. Un vigile, dépêché par les assurances, est même devant la porte depuis 24 heures pour empêcher d’éventuels gestes indélicats ! Notre frère, par miracle éloigné de l’explosion au bon moment, n’a subi aucune blessure. Nous osons à peine imaginer ce qu’il aurait résulté si lui, ou nous-mêmes, avions été auprès de l’engin ! Dans sa folie, la « bombe » a accompli un vol plané à travers la cloison qui le jouxtait, pour atterrir sur un bureau de travail qui n’en demandait pas tant. La déflagration a été terrible. Nous apprendrons plus tard qu’un clapet est peut-être resté collé, quelque part dans le mécanisme, provoquant l’effet cocotte-minute dévastateur…

Deux jours plus tard, nous voici relogés en toute hâte, à quelques centaines de mètres. Une chance dans la circonstance…

Que se passe-t-il dans la tête, alors ? D’abord, bien sûr la panique. Comment allons-nous faire ? Il n’y a aucune solution ! Si ! Il y a toujours une solution à un problème. On ne va pas se noyer dans la Charente pour cela. On n’est pas tout seuls. Il n’y a pas de dégâts humains. Telles sont les premières réflexions. Et puis, face à la réalité, la gorge et le coeur qui se serrent, les larmes, les coups de cafard et de téléphone aux proches, les démarches administratives les unes après les autres. Plus d’Internet ; plus de blog… Et j’en passe.

Dans ma tête un « fusible » a sauté, je crois ; je ne connais plus l’adresse de ma soeur, je laisse branché un fer à repasser, j’ai oublié qu’il faisait moins 10° et mes sorties sans protections contre le froid se soldent par des engelures aux mains que je n’ai pas vu venir : quelques exemples parmi les nombreuses  « sottises » qui s’accumulent…

Et puis soudain, la colère qui s’empare de moi. Ce Dieu dont on nous assure qu’il est vivant, il est où ? Qu’avons-nous fait de si grave pour payer une telle facture ? On ne doit rien à personne, on n’a jamais tué, volé… Pourquoi faire l’effort d’être des « gens bien » si c’est pour nous retirer notre seul bien, ainsi ? Pour nous prévenir de quoi ? Pour nous dire quoi ? Quel est le message subliminal ? Je ne comprends plus rien… C’était grave de passer un mois loin de chez nous, auprès des nôtres ? Pourquoi une telle  punition ?

Les questions défilent dans ma tête, nuit et jour, je ne suis plus très loin de la culpabilité. Lors de chaque visite à notre maison sinistrée, j’aperçois sur un mur le vieux crucifix de ma première communion et je détourne les yeux : il restera là et il tombera avec la cloison !  C’est fini toute cette comédie… En moi, la révolte gronde. Trois semaines de Fronde que je ne peux extérioriser.

Et puis un jour, en accomplissant je ne sais quelle tâche ménagère, la carapace se fissure… Le constat est inexorable : je suis incapable de rester fâchée avec le monde qui m’entoure. Car il s’agit peut-être de cela : Dieu c’est quelqu’un ou quelque chose d’immatériel, qu’on place où l’on veut, qui vous tient, qui vous fait croire que vous n’êtes jamais seul… Je comprends d’un coup que je ne serai jamais plus heureuse si cette révolte continue de vivre en moi, car c’est comme si j’étais fâchée contre moi-même. Et cela n’est pas possible. J’ai besoin de retrouver ma sérénité.

Alors, secouée de grosses larmes, je pardonne à cette sale fatalité : oui, rien ne sera plus jamais comme avant, certes, mais je n’en voudrai plus à personne. Je vais redevenir moi-même, tranquille, apaisée. J’assumerai la situation, ce sera tellement plus simple !

Et puis, là-bas, au Pérou, n’en ai-je pas vus qui passent toute une vie démunis, sans eau, sans argent, sans confort, sans soins ? Qui travaillent comme ils peuvent sans jamais se plaindre ? Je vais donc cesser de le faire en attendant la reconstruction de notre maison, je ne m’en sens plus le droit…

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